distribution à Suha

Activités de l'association

Voyage du 16 au 27 juillet 2001 : distribution d'aide pour les camps de réfugiés

Sicki Brod | Grab Potok | Mihatovici | Suha | Zenica | critiques et observations

Sadija OMBASIC

Sicki Brod

Situé au bord de la Nationale Tuzla -Doboj, compte environ 161 personnes de tous âges. Depuis un an, il a fait l'objet de plusieurs mesures d'expulsions : la dernière remonte en juillet âpre notre départ: des camions sont arrivés pour embarquer tout le monde. L'union les a sauvés : ils se sont enfermées dans leurs baraques, restes d'anciens chantiers. Pour subsister : ils se sont organisés : création d'une association, réparation d'appareils ménagers récupérés qu'ils revendent. Pour les décourager, il arrive que la police vienne tout confisquer. Les réfugiés, parqués dans deux baraques de chantier, viennent de la région de Zvornik. En avril, leur camp sera fermé : ils devront retourner dans leur village où la moitié des maisons a été reconstruite. Leur principal souci: la reconstruction des maisons et de l'école (prévue pour septembre 2001) mais il leur faut une maison, comme nous l'a rappelé une dame, pour pouvoir revenir chez eux et vivre une vie descente. Mais aussi les moyens de cultiver pour pouvoir faire face au retour. Ce camp a déjà été rayé des listes du HCR.

Nous avons commencé par la distribution de viande et de lait, à Sicki Brod pour les personnes du camp. Les réfugiés ont été très touchés de notre visite. Nous avons discuté avec le responsable du camp pour avoir une idée sur la situation des réfugiés et l'aide qui leur est apportée : la nôtre est la seule, à part l'association française "Mères pour la paix" leur fait parvenir des yaourts, provenant d'une laiterie privée qu'elles ont subventionnée dans le secteur. Même réponse de la part des réfugiés.

  1. Problème des enfants orphelins et de la scolarité (déplacements).
  2. Chômage lié au "statut" de réfugié
  3. Le coût des soins

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Grab Potok

Dans le camp règne la misère et la pauvreté, mais les survivants nous ont accueillis avec dignité et de la gentillesse. La distribution a été faite pour les 191 personnes du camp, les conditions de vie sont les mêmes qu'à Sicki Brod. Sur le plan des retours la majeure partie voudrait rentrer chez elle, mais elle a très peur. Ainsi une femme témoigne que "pour notre protection, il faudrait que la SFOR implante un bureau dans chaque ville ou le retour est prévu."

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Mihatovici

Les mêmes constantes que dans tous les autres camps. A 10h30, nous arrivons au camp de Mihatovici où nous rencontrons Fejzo, le directeur de l'école du camp. La distribution s'est bien effectuée mais est difficile car les réfugiés sont très nombreux, près de 2000, et ont peur de ne pas être servis. Une grand-mère approche vers nous, nous demandons si elle a aussi droit à la viande et au lait. Elle n'en avait pas eu "car vous distribuez en suivant une liste. Moi je ne sais pas lire et écrire. Mon nom je me souviens plus, moi je suis numéro 28B".

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Suha

Nous avons fait la distribution sous la pluie, les champs autour étaient inondés les 242 réfugiés étaient sans abri en nous attendant. Quand nous avons abordé la question des retours tout le monde était du même avis : "si nous pouvions rentrer chez nous, tout serait différent ". Nous avons demandé quel "chez vous ?". "Chez nous nous serons quelqu'un, et nous aurions un nom et des prénoms, notre dignité nous ne serions plus appelés par un simple numéro : nous sommes aussi des humains! "

  1. Le problème reste le même pour les enfants et leur scolarité.
  2. Très petit nombre d'emplois parmi eux.
  3. Le problème pour les orphelins car leurs grands-mères qui les gardent n'ont aucun revenu.

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Zenica

Par pur hasard nous avons découvert qu'à ZENICA des réfugier vivent dans des baraques et nous sommes allés voir sur place. A notre arrivée nous avons trouvé un désastre, nous ne pouvions pas imaginer qu'une tel chose puisse exister au 21ème siècle (nous avons fait des photos et un film).

Dans cette horreur vivent 90 personnes, des vieillards et des enfants de tous âges, la moyenne d'âge est de 75 ans. L'hygiène est totalement absente, ils sont nourris par la municipalité de Zenica et lui coûtent 11 DM par mois et par personne, eau et électricité comprises. La nourriture est plus que mauvaise, même les animaux ne voudraient pas. Ils sont abandonnés à eux même pour survivre ! Les enfants avaient une épidémie non encore soignée, pour les autres ne parlons pas ! Quant à la mairie du lieu, rien : on cache et on détourne le peu qui arrive.

Que deviendra-t-il à l'avenir ? Sans doute la dispersion progressive et en silence mais sans solution valable.

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Nos critiques et observations

L'injustice, la corruption, le vol, doivent être punis sévèrement, la Bosnie ne peut pas se le permettre. Il doit être mis en place un système pour tous, tourné vers l'avenir, permettant à tous de rentrer chez eux, favorisant la reconstruction des maisons, écoles, fabriques, cultures, offrir la même possibilité a tous pour que le pays puisse revivre autrement que sous la perfusion instaurée depuis 1995. Elle doit quitter les cendres, et tout le monde cherche son profit plutôt que celui d'un pays qui de ce fait demeure l'ombre de lui-même.

Nous refusons donc les assignations forcées de personnes vers d'autres régions que la leur. C'est là entériner les nettoyages ethniques et le renforcement d'un système de ségrégation, imposé par la force au cours de l'agression de 1992-1995 et qui n'a jamais existé dans le passé.

Si aujourd'hui la perspective d'une solution politique ou judiciaire paraît de plus en plus probable, la situation des réfugiés ne fait qu'empirer d'année en année. Il y a quatre ans, on ne prononçait pas le nom de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine ni ailleurs, aujourd'hui, les gouvernements de Bosnie Herzégovine et de Republika Sprska se disent prêts à collaborer avec la SFOR pour arrêter les deux principaux responsables des massacres : Ratko MLADIC et Radovan KARADZIC.

Nous tous, qui avons été les spectateurs muets et incrédules de ces massacres, de cette injustice que nous voulions révolues, devons tout mettre en œuvre pour exiger que justice, dignité et espoir soient rendus à toutes ces victimes. La Bosnie, c'est seulement à une heure et demi d'avion de Paris, au cœur de l'Europe de demain.

Il faut que résolument les regards se tournent vers les "oubliés de la paix", vers ces femmes et ces enfants, devenus pour beaucoup des adolescents sans avenir, qui croupissent dans des camps de misères disséminés essentiellement sur le canton de Tuzla.

A Commencer par le gouvernement, la Communauté Internationale, les diverses parties qui ont fait ou aidé les survivants de la "zone protégée" Srebrenica, nous nous demandons si en Bosnie - Herzégovine quelqu'un pense à ces femmes ? N'ont elles n'ont pas payé très cher le prix de la paix ?


© SSVDS - 3 VI 2003 - Haut de page